Ce que vous pouvez faire ou ne pas faire avec vos photos…

photographe-rive-sudLorsque vous mandatez un photographe pour immortaliser votre petite famille, votre bedaine, votre bébé, votre chien, votre chat, votre grand-mère, le facteur (ça c’est plutôt étrange), vous payez un service qui vous est remis sous forme de photos numériques et/ou imprimées. Puisque vous avez payé ce service, vous concluez naturellement que ce sont vos photos et qu’elles vous appartiennent. Par conséquent, puisque vous avez déboursé de l’argent et qu’elles vous appartiennent, vous en faites ce que vous voulez, n’est-ce pas? Eh bien non, pas tout à fait…

Laissez-moi vous introduire à la cessation de droits d’auteur. Mais qu’est-ce que c’est que cette créature? Avant d’entrer dans le vif du sujet, parlons brièvement des droits d’auteur. Vous en avez certainement entendu parler à un moment ou à un autre de votre vie. À moins que vous ne soyez un nouveau-né, auquel cas je serais très perturbée de savoir que vous lisez mon article…

Donc, le droit d’auteur c’est très simple « Le droit d'auteur est le droit exclusif de produire, de reproduire, de publier ou d'exécuter une œuvre originale de nature littéraire, artistique, dramatique ou musicale. » – source : Office de la propriété intellectuelle du Canada. En gros, ce que ça dit c’est que lorsque vous créez une œuvre artistique, vous êtes le seul à pouvoir en faire ce que vous voulez à moins que vous ne cédiez des droits à un tiers.

En tant que photographe, je crée des œuvres pour vous. Je suis donc l’auteur d’une création artistique avec vous comme représentation. De ce fait, je suis la propriétaire de l’œuvre et donc, la seule à disposer de tous les droits sur ces images (avant que des plus futés ne paniquent, j’aborderai le droit à l’image un peu plus tard. Concentrons-nous sur les droits d’auteur pour l’instant). Je peux donc modifier cette image comme je le souhaite, la vendre, la jeter, l’encadrer, lui chanter une berceuse, si j’en ai envie.

Dans mon domaine, on parle généralement de deux types de droit. Le droit de reproduction pour un usage personnel et la cessation de droits pour un usage commercial.

La différence est la suivante : le droit de reproduction pour un usage personnel autorise la personne qui a acquis ces droits (comme vous, lorsque vous achetez une séance photo) à reproduire l’œuvre de l’artiste (moi) sous diverses formes (photos, cadres, tasses, t-shirts, etc.) tant et aussi longtemps que cette œuvre ne vous sert pas à faire des sous. En gros, vous ne pouvez pas prendre cette image et la vendre, en faire des t-shirts dans le but de les revendre, reproduire l’image sur un support quelconque pour les marchander ensuite, les utiliser sur vos cartes d’affaire ou pour promouvoir votre commerce. Pas plus que vous ne pouvez modifier ces photos. Par exemple, y ajouter un filtre Instagram parce que vous vous sentez l’âme artistique et que vous trouvez que le filtre rose c’est juste parfait avec votre photo de couverture Facebook. Non, car vous avez acquis des droits de reproduction seulement. Pas des droits de modification. Ces photos sont donc pour vous, pour votre plaisir et vous ne pouvez en jouir que dans l’état où elles vous sont remises par le photographe.

Le droit commercial, c’est le droit de faire potentiellement des sous avec l’œuvre de l’artiste en question. Plusieurs types de cessation de droits existent. Allant du droit de reproduction dans le but de faire des sous, à la modification de l’image toujours dans le même but. Généralement, ce sont les entreprises qui acquièrent ce type de droit. Par exemple, lorsqu’une collection de vêtements doit être commercialisée. Un photographe est alors mandaté pour photographier des modèles qui portent des habits de la marque. Ces photos seront utilisées pour promouvoir le produit et inciter les gens à acheter lesdits vêtements. Donc, l’entreprise fera des sous à l’aide des photos prises par le photographe (si les photos sont nulles, on imagine aisément le résultat sur les ventes). Puisque l’œuvre du photographe aidera l’entreprise à potentiellement faire beaucoup de sous, les droits sont vendus plus chers. Car il ne serait pas normal qu’une entreprise paie le même tarif qu’un particulier (vous) et qu’elle puisse générer des profits à l’aide de l’œuvre en question. Pas plus qu’il ne serait normal que vous payez le même tarif que les entreprises pour obtenir moins de droits et le refus d’exploiter vos photos à des fins commerciales. Comme bénéfice, cher particulier, la différence entre les deux types de droit vendus fait en sorte de rendre plus accessible (moins cher) une séance photo pour vous. C’est bien mieux ainsi, n’est-ce pas? À moins que vous n’ayez 2000$ à mettre sur une séance photo familiale, auquel cas vous trouverez mon numéro de téléphone en entête de ce superbe site web.

Si vous êtes novice avec ce sujet, il y a peut-être un point qui vous turlupine. Car j’ai parlé de vendre une œuvre et d’être la seule à en avoir le droit. Oui, je suis la seule qui possède ce droit, mais je ne peux pas vendre votre image sans votre consentement écrit. On appelle ça le droit à l’image. En gros, la seule personne à qui je peux vendre les images de votre séance photo, c’est à vous. Si je n’ai pas d’autorisation écrite de votre part, je ne peux ni divulguer ces photos, ni les vendre à un tiers (autre que vous), ni les utiliser à des fins de promotion pour mon travail, etc. Je suis l’unique propriétaire des images mais pas de votre image. Et il m’apparait assez normal qu’il en soit ainsi.

Parlons aussi de la modification des photos. Généralement, quand on achète une robe, un bibelot, n’importe quoi, si vous l’avez payé, vous pouvez en disposer à votre guise. Et donc, les modifier si ça vous chante. Pourquoi n’en est-il pas ainsi de vos photos? Mis à part le droit d’auteur, il y a l’aspect moral et l’aspect pécuniaire. L’aspect moral est la façon dont votre photographe traite vos photos ; la manière dont il les prend, son style, sa gestion de la lumière, son post-traitement etc… tout ça, c’est sa signature. Vous l’avez engagé parce qu’à la base vous aimiez son travail. Alors pourquoi vouloir altérer son œuvre? Vous ne repeindriez pas un tableau de Van Gogh pour modifier certains trucs afin de « l’embellir ». C’est le même principe.

Le deuxième aspect est pécuniaire et moral aussi. Lorsque vous choisissez de modifier le travail de votre photographe, en tant que non-professionnel de l’image (même si vous l’étiez ça ne changerait rien) vous êtes à risque d’altérer la qualité de la photo et donc de donner une fausse représentation du travail effectué. Imaginez que vous mettiez un joli filtre Instragram rose parce que vous trouvez ça super beau et qu’une personne voit ladite photo et que dans sa tête elle trouve ça très, très laid… Qui sera pointé du doigt? Le photographe. Si un autre professionnel voit ladite photo à filtre rose et qu’il remarque l’altération, il pensera alors que le photographe que vous avez embauché n’est pas professionnel. Et pourtant, dans cette histoire, le photographe n’y est pour rien. Vous portez donc, sans le vouloir, préjudice à ce professionnel et à sa réputation. Et si on inverse la situation et que ledit filtre rend la photo extraordinairement belle et que tous la préfèrent ainsi. On se retrouve devant un autre problème : le photographe en question pourrait être embauché par une personne qui aura aimé le rendu de cette photo. Malheureusement, il ne pourra pas fournir le même type d’image que vous avez obtenu à l’aide de votre modification. Car il n’est juste pas au courant de cette situation et ce n’est peut-être même pas à son gout. Et donc, il risque de décevoir le client et de mettre sa réputation en jeu. De même que de perdre des contrats. Pas très cool pour le professionnel, n’est-ce pas?

Donc, en résumé, bien que vous payez mes services pour prendre des photos de vous, les droits ne vous appartiennent pas et vous ne pouvez que reproduire les photos pour votre plaisir personnel. Ceci est vrai avec tous les photographes que vous embaucherez.

Pour ceux qui auraient abdiqué à lire l’article dans son entièreté, voici un résumé de ce que vous pouvez faire avec vos photos et ce que vous ne pouvez pas faire.

Vous pouvez :

- Reproduire vos photos sur différents supports pour votre usage personnel (cadre pour la maison, impressions photo pour grand-maman, vous faire un joli case de IPhone avec la photos de votre mini pour pouvoir le regarder chaque fois que vous en avez envi, les mettre sur Facebook, les utiliser en photo de profil, etc.)

Vous ne pouvez pas :

- Modifier vos photos sans l’accord du photographe (pas de filtre Instagram, pas de conversion en noir et blanc).

- Vendre vos photos ou vendre des produits dérivés mettant en vedette lesdites photos

- Les utiliser à des fins de promotion pour votre entreprise, pour vos services, ou de l’entreprise pour laquelle vous travaillez (blog, site web, publication externe, publicité, etc).

En gros, vous ne pouvez pas tirer de bénéfices monétaires desdites photos ou permettre à un tiers de le faire, directement ou indirectement.

J’ai choisi d’aborder ce sujet aujourd’hui parce que je m’aperçois qu’il n’y a rien de plus plate pour moi que de devoir contacter un client avec qui j’ai eu une belle connexion, avec qui j’ai partagé du temps, des sourires, du plaisir, pour lui dire qu’il ne fait pas un usage correct des droits qu’il a acquis. Je me suis donc sentie le besoin de clarifier ces aspects obscurs de mon métier.

En terminant, sachez que si dans un avenir prochain, vous deviez utiliser une photo prise dans le cadre d’une séance « normale » pour un projet commercial, il est possible de contacter votre photographe afin de l’aviser de la situation et de trouver une entente. La plupart d’entre eux sont très ouverts, très heureux d’avoir de vos nouvelles et prêts à vous écouter parler de votre projet.

Au plaisir d’avoir de vos nouvelles si nécessaire.

Votre photographe,

Julie

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