Des étincelles et une fondation

Au départ, il n’y a pas eu de raison particulière qui m’a menée vers la Fondation Portrait d’Étincelles. Ou plutôt, il n’y en a pas eu qu’une seule. Le choix de devenir photographe bénévole pour cette cause ne s’est pas fait à la suite d’un traumatisme en particulier. Je n’ai pas perdu d’enfant à terme, ni eu à faire le choix difficile de mettre fin à une grossesse pour des raisons médicales. J’avais seulement un appareil photo, un certain talent, le désir de faire la différence auprès de ma communauté.

J’ai toujours été curieuse de tout ce qui entoure la naissance. Par joie, mon choix de carrière m’a amené à côtoyer l’objet de ma fascination de près. Le bonheur dans tout ce qu’il y a de plus beau, primitif et naturel. J’ai vu des bébés naitre, des humains devenir des parents, j’ai vu la vie et j’ai redécouvert ma foi en l’humanité. Il n’y a rien de plus authentique que le sourire aux anges d’un nouveau-né. L’innocence, la pureté… Chaque fois, je me dis que rien n’est perdu. Tout est à faire. Que ces petits êtres feront encore mieux que nous. Puis un jour, à leur tour, ils mettront au monde une nouvelle génération. Encore plus belle. Et ainsi va la vie.

Mais la naissance, bien que le sujet soit tabou, n’est pas toujours heureuse. Parfois, la mort précède la vie. C’est comme ça. Il n’y a pas vraiment de raison. Personne ne peut expliquer pourquoi certaines étincelles s’éteignent avant même d’avoir eu la chance d’être tenu dans les bras de leur maman. La douleur fait alors place à la joie et les larmes remplacent les sourires. Pourquoi voudrais-je alors troquer le bonheur de mes parents pour un évènement si triste?

Je vous ai dit que les petits bébés qui passent devant ma lentille me donnent foi en l’humanité. En un monde meilleur. Mais la fondation, me donne foi en l’humanité, actuellement, telle qu’elle est. C’est facile d’ouvrir la télévision, de regarder le bulletin de nouvelles et de se dire que notre monde est pourri. Et pourtant, je peux vous certifier que tous les jours, je côtoie des humains au cœur plus grand que la terre. Des gens courageux qui partent avec leur caméra dans une main, leur courage dans l’autre (car affronter la mort n’est pas chose aisée) pour offrir un ultime souvenir aux parents éplorés.

Pour les parents qui vivent un deuil périnatal, ces uniques photos seront le seul souvenir du passage de leur étincelle. Pour les mamans, c’est une façon de rendre tangible la douleur ressentie. Personne n’a pu connaitre ce petit être aussi intimement que leur propre corps. C’est donc une manière de présenter au reste du monde le petit bébé qui a bercé leurs espoirs, celui qui leur manquera à tout jamais et la raison pour laquelle autant de larmes s’échappent de leur cœur blessé. Pour les papas, c’est une façon de rencontrer leur enfant. De le connaitre un peu avant qu’il ne s’envole pour toujours. De se l’approprier. C’est une manière de verbaliser leur propre douleur et d’y associer un visage. Et finalement d’accompagner la femme qu’ils aiment dans cette souffrance. Ces photos sont aussi une façon de donner la place qui revient à cet enfant, même si son passage n’a été qu’une trainée lumineuse dans notre monde.

Aujourd’hui, j’ajoute à toutes ces raisons ma douloureuse expérience de maman. J’ai malheureusement eu à expérimenter l’épreuve de deux fausses couches. Même s’ils n’étaient que des petites graines dans mon ventre, mon amour était grand pour chacun d’eux. Mes espoirs aussi. J’avais si hâte d’agrandir la famille. De donner un frère ou une sœur à ma fille. Mais je pense que c’est la deuxième fausse couche qui m’a fait réaliser à quel point la fondation est importante. Dû au caractère précoce de mes fausses couches (13 semaines et 11 semaines), je n’ai pas pu bénéficier des services de la fondation. Mais je me souviens que lorsqu’on m’a annoncé que c’était une grossesse gémellaire, j’ai eu le désir qu’on me confirme plus d’une fois qu’il y avait bien deux petites graines. Pourquoi? J’avais besoin de dire adieu, de faire le deuil et surtout de donner la place qui revenait à chacun d’eux dans mon cœur. J’ai compris à quel point c’était important pour les mamans de concrétiser une grossesse, même si elle ne se rend pas à terme. De faire reconnaitre l’existence de cet attachement, peu importe le stade de la grossesse. Car une fois que la graine est là, elle germe, elle laisse des traces et l’amour qu’on lui porte devient inconditionnelle. Que la grossesse se termine à 11, 20 ou même 40 semaines.

Aujourd’hui et par ce texte, je renouvelle mon engagement auprès de la Fondation Portrait d’Étincelles. Je remercie la vie de m’avoir offert l’opportunité de faire une différence dans le deuil que vivent certains parents. Je lève mon chapeau à chacun des bénévoles de la fondation. Des photographes, des retoucheurs, des téléphonistes sans oublier les fondatrices à la générosité hors du commun.

Je vous invite à vous rendre sur le site web de la Fondation Portrait d’Étincelle afin de connaitre un peu mieux la mission de celle-ci. N’ayez pas peur : le malheur ne sonnera pas à votre porte pour autant. Et qui sait, peut-être pourrez-vous faire une petite différence vous aussi? Vous pouvez faire un don, vous impliquer en tant que bénévole ou simplement en faisant connaitre la fondation. On ne souhaite cette épreuve à personne, mais quand la vie nous frappe durement, il est bon de savoir qu’il y a des gens prêts à vous tendre main pour vous aider à cheminer dans votre deuil.

 

Votre photographe, fière maman d’une petite fille en pleine forme et de trois étincelles

Julie

 

 

 

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